Naguib Sawiris : « Le potentiel africain n’a toujours pas été exploité »

L'éditorial du mois

Investissements sur le continent, révolution numérique dans les médias, défense de la laïcité… En exclusivité pour J.A., le milliardaire égyptien, homme d'affaires protéiforme et acteur politique influent - son parti est devenu la première force du pays à l'issue des dernières législatives -, se confie ici.

Nous sommes du même avis, pour plusieurs raisons. D’une part les nombreux investissements en infrastructure télécoms ne sont pas encore arrivés à leurs fins. Il suffit de constater le niveau du débit internet dans de nombreuses villes pour conclure que le haut débit n’est pas encore au RV. La fibre optique est sur les côtes mais elle n’a pas encore atteint les foyers, les entreprises, les hôtels et les webcafés. La 4G reste chère et limitée dans les villes ou elle a été lancée. C’est bien normal, tout cela prend du temps à déployer.

Secondo, l’heure n’est pas encore à l’implémentation en vitesse de croisière des innovations numériques, à part peut-être la finance sur mobile, et seulement dans certains pays. Il existe encore très peu d’offres de convergence – les fameux services multi-play légaux (exemple, le triple-play téléphone, internet, TV) se comptent sur les doigts de la main pour l’ensemble du continent. Les modèles économiques se cherchent sur la VoD ; l’e-santé tâtonne; l’e-gouvernement se réveille doucement ; la plupart des applications mobiles sont encore en phase test, etc. Mais lorsque un gouvernement met les moyens pour appuyer ces projets sur le long terme, on gagne beaucoup de temps et le secteur privé suit.

Ensuite il y a le manque de données sur l’état du marché. Les investisseurs ne savent parfois pas trop où ils mettent les pieds : La taille énorme du marché informel, la mauvaise estimation de la classe moyenne, le silence radio sur des faits importants ; les malversations et les extorsions. Les chiffres mentent un peu, et bien souvent les acteurs locaux ne disent rien de ce qui se passe réellement sur le terrain. Alors il faut aller constater sur place, cela prend beaucoup de temps et on tombe souvent sur des mauvaises surprises. Bref, là ou il y a des chiffres sérieux, des personnes crédibles qui communiquent, les investissements convergent, pas ailleurs. Et tout compte fait, les communicants sont peu nombreux.

Enfin, le cadre règlementaire est encore balbutiant. On interdit la VoIP ici, on rafistole le droit par là, on en rajoute une couche sur les licences. Bref, les opérateurs traversent de sérieuses zones de turbulences.

Comme résume M. Naguib Sawiris « À ce jour, le potentiel africain n’a toujours pas été exploité, en raison notamment de la pauvreté, de la corruption, de la bureaucratie et des problèmes logistiques, qui freinent les investissements…Il nous reste encore du chemin à parcourir. »